Parvenue devant la volière, Sirha s'arrêta et tenta d'examiner l'animal sous tous ses angles.
- Il ne chante même pas, grogna Helen, allons voir les autres.
Le groupe se désintéressa rapidement du volatile et se détacha de la cage pour se planter devant celle d'une autre petite créature dorée qui gazouillait joyeusement en voletant dans tout les sens.
- Qu'il est adorable !
Sirha elle n'avait pas bougée, frappée par l'essence qui se dégageait de l'oiseau.
Une sensation de familiarité et d'éloignement emplissait son être et elle cligna plusieurs fois des yeux, troublée, avant d'avancer d'un pas en direction des barreau- en restant tout de même à bonne distance du volatile. Elle tendit une main en direction de ce dernier mais elle se figea, sentant que la créature était plus qu'un simple animal. La sagesse de ses pupilles morne et sans vie pétrifiait la porteuse qui cherchait à comprendre le détail qui lui échappait. Son écuelle était remplie de nourriture, signe qu'il n'y avait pas touché, il en était de même pour son eau. Il ne bougeait pas, si ses yeux ne brillaient pas d'une nostalgie infinie, Sirha aurait pu croire qu'il était de pierre tant il restait immobile.
Poussée par son intuition, Sirha s'avança encore pour refermer ses doigts fin sur les barreaux glacés de la cage et poser son front contre, à l'endroit où elle pouvait l'observer sous un angle de vue assez large.
L'oiseau ne bougea pas davantage et ils restèrent ensemble, silencieux pendant de longue seconde. La jeune fille n'entendait plus des piaillements des demoiselles qu'un écho flou et lointain qui s'envolait ailleurs. Tout son être était tourné vers cette créature fascinante et mystérieuse. Sirha n'avait jamais vue de pareil être mais cette impression de familiarité la troublait profondément. Elle soupira, l'air ennuyée.
C'est alors que l'oiseau bougea d'un mouvement infime, tellement minime qu'elle se demanda si la fatigue ne lui jouait pas des tours. Fronçant de nouveau les sourcils, elle attendit. La créature resta immobile pendant quelques instants avant de se mouvoir de nouveau, pivotant sur son cou avec grâce. Comme s'il s'éveillait d'un long sommeil, ses yeux s'illuminèrent d'une mélancolie indescriptible teintée d'inquiétude, comme en état d'alerte. La jeune fille crût qu'il avait enfin perçut sa présence et s'apprêtait à reculer, ne voulait pas paniquer l'oiseau dont l'instinct était celui d'une créature des airs, sauvage et craintif. Sirha se figea en s'apercevant qu'il se tournait en réalité vers elle, comme s'il avait perçut un signe distinctif de sa part. L'oiseau déploya furtivement ses ailes, dévoilant un arc-en-ciel où ses couleurs vives luisirent furtivement. Il tordit sa tête sur le côté, comme s'il cherchait à saisir qui elle était avant d'avancer lentement par petit pas et de s'arrêter à environ un mètre d'elle, semblant regarder ses mains puis sa poitrine.
Troublée, Sirha porta sa main à son cou, sur son médaillon. Il était couvert par du maquillage, invisible à l'½il humain, ce n'était pas possible qu'un oiseau, aussi étrange soit-il, puisse le voir. Et quand bien même cela serait possible, quelle importance pouvait-il avoir pour une créature tel que celle-ci ?
Sirha resta pétrifié devant l'intérêt de l'animal. Ce dernier tendit son long cou à son extrême et après un moment d'attente, il frôla de l'extrémité de son bec la paume que la porteuse venait d'ouvrir. Un frisson parcourut la jeune fille et le volatile resta dans cette position, attentif.
C'est alors qui se retira, l'oiseau émit une plainte. Cette seule note était emplit d'une telle tristesse que Sirha se sentit littéralement transpercé par cette lamentation. Son c½ur se tordit, son estomac se noua et le son s'incrusta dans l'air pour résonner encore et encore. La note s'éternisa dans l'air, pur comme le cristal et lorsqu'elle se perdit dans l'air, Sirha aurait juré que s'atmosphère s'était refroidie. Elle recula en frissonnant tandis que l'oiseau retournait mollement sur son perchoir tout en gardant un ½il sur elle avant de retomber dans sa léthargie. Le médaillon ne lui envoyait aucun signe de désaccord ni de méfiance, il se contentait d'être là, à émettre ces sortes de pulsation qui se fondait avec celle de son c½ur.
- Mademoiselle Sirha, venez voir !
La porteuse releva la tête et se tourna en direction de l'appel, encore emplit de cette lourdeur, cet impact douloureux qu'avait eut sur elle le son produit par l'oiseau. Elle s'éloignât de la cage à contrecoeur avec le poids du regard morne et résigné de l'oiseau sur ses épaules. Feignant de s'intéresser à la trouvaille de ces demoiselles de compagnie – un imbécile d'oiseau au plumage ébouriffé – la porteuse plongea dans ses pensées, pourtant incapable de se concentrer sur autre chose que le grand volatile qui fixait le vide à quelques mètres d'elle.
La jeune fille se mit à l'écart du groupe sans vraiment s'en apercevoir, elle s'approcha d'un rosier et effleura un pétale extrêmement pourpre, comme gorgé de sang. Sirha fronça les sourcils, et tourna légèrement la tête, poussée par une intuition étrange.
- Le Surda se trouve dans une position délicate envers notre empire, mon Roi mais le réduire à néant serait une action quelque peu démesurée. Puisque ce sénile d'Orrin a bêtement décidé de s'opposé à vous, il en paiera les conséquences, avec votre permission, sa mort sera chose facile et vous pourrez aisément vous déclarer maître de ces terre prétextant un testament, un document quelconque pour les vous attribuer.
Galbatorix releva la tête et ne répondit pas, ses yeux perçant fouillant les bosquets d'où s'échappait des rires et des exclamations. Murtagh leva un sourcils, quelque peu surprit ; Galbatorix avait-il convié des aristocrates en ses propres jardin, une chose ne s'était jamais –ou très rarement- produite. En continuant leur entretint, ils eurent le loisir de voir une demi-douzaine de jeune demoiselle plaisanter et s'exclamer devant les propriétés du roi avec grâce et bonne humeur quelque peu enfantine. Le jeune dragonnier ne voyait pas où ce dernier voulait en venir. En quel honneur avait-il fait pénétrer dans ses jardins toute une pléiade de damoiselle ? Murtagh n'en voyait pas l'intérêt aussi il se reporta sur le visage de son maître pour tenter de savoir ce qu'il planifiait. Il suivit son regard et découvrit Sirha auprès de l'oiseau que Galbatorix avait fait capturer aux alentours du Duweldenvarden. La scène qui s'ensuivit fût observée minutieusement par le deux dragonnier, après quoi ils se remirent à marcher.
- Intéressant, murmura Galbatorix, ses yeux de serpent fixant sa propriété dans son ensemble.
- Quand irons-nous chercher l'½uf ? Demanda le jeune homme en jetant un rapide coup d'½il en direction des cages, Sirha n'y était plus.
- Dès qu'elle sera prête et que nous le serons aussi.
Murtagh comprenait à présent les plans de son maître, il n'aurait pas été judicieux de présenter tout de suite la jeune fille à l'½ufs car dans le cas où il éclorait, Sirha était encore trop sur la défensive, elle ne pourrait que trop s'enfermer dans une relation avec un dragon et Galbatorix risquait de ne plus pouvoir en faire ce qu'il souhaitait. Ils avaient tout intérêt à attendre, même si l'entraînement de la porteuse devait avancer au maximum.
- Est-ce que son apprentissage avance à un rythme convenable ? Demanda Murtagh avec intérêt.
Il avait vaguement suivit l'avancement de la porteuse mais n'avait aucune idée du niveau de ses acquis.
- Tu auras toi-même le privilège de l'évaluer à la fin de son apprentissage.
Le jeune dragonnier en resta perplexe puis se remémora que le roi faisait toujours en sorte qu'il soit le prolongement de sa personne, qu'il prenne conscience des avantages de sa position, il se reprit, conscient que son mentor attendait de lui de la gratitude :
- Je vous remercie, maître. Déclara-t-il sobrement.
A vrai dire, il ne savait que penser de tout cela, mais il voyait en ce privilège un moyen de cerner un peu plus précisément la porteuse. Ils continuèrent à marcher pendant quelques instant, Galbatorix établissant ses stratégies de guerre sans vraiment dévoiler celle qu'il avait prévue pour le Surda.
Soudain, Sirha fut devant eux, à quelques mètres. Ils continuèrent à marcher et la jeune fille ne les aperçue pas tout de suite.
Murtagh la détailla rapidement ; vêtue d'un longue robe assez simple, la couleur pourpre mettait en valeur son teint et ses formes. Le regard perdu, à l'écart de ses demoiselles de compagnie, elle était la mélancolie et la solitude incarnée, avec toujours ce vide et cet inaccessibilité de conscience agaçant et frustrant pour le jeune dragonnier.
C'est alors que la jeune fille perdit immédiatement sa mélancolie, elle releva la tête et les aperçue. Immédiatement, Murtagh put sentir que son esprit se refermait instinctivement et le dragonnier dût se retenir avec force pour empêcher le sien de bondir contre celui-ci, comme il avait l'habitude de faire avec les autres. Il n'aurait eût aucun mal à réduire à néant la conscience de la jeune fille, à la manipuler, à faire ce qu'il souhaitait d'elle – à part peut-être l'étrange endroit qu'il ne pouvait atteindre- mais son statut de protégée du roi la plaçait dans une position d'intouchable. Ce l'agaçait profondément, lui qui dominait n'importe quelle personne, qu'une simple jeune femme – certes, hors du commun- soit hors d'atteinte. Néanmoins, il sentait que la porteuse devenait de plus en plus intrigante, voir presque intéressante et finalement il était content d'avoir à l'évaluer dans le futur. Peut-être cela lui permettrait d'en savoir un peu plus sur son rôle et les capacités que lui confédérait son état de porteuse du médaillon.
Galbatorix sentit son effort et sourit d'un air entendu avant de planter ses yeux dans ceux pétrifiés de la jeune fille. Elle resta figée pendant un moment, tel une biche surprise au milieu d'un champ.
Sirha jaugea du regard les deux hommes qui ne se gênaient pas pour la détailler. Galbatorix inclina la tête galamment pour la saluer comme il l'aurait fait avec n'importe qu'elle aristocrates, insistant un peu plus. Les bras le long du corps, elle recula de quelques pas sans les quitter des yeux pour se retourner, rejoignant les demoiselles qui l'appelait, impatiente de poursuivre la découverte des jardins. Le médaillon commençait à grogner à causer de la présence du roi. Sentant le regard des deux hommes dans son dos, elle se rendit auprès du petit groupe qui redoubla en matière de pépiement et de bavardages incessants. Du coin de l'½il, elle regarda Galbatorix et Murtagh qui continuait leur entretient et s'enfonçait au milieu des allées et des bosquets. Tentant de ce concentrer sur la conversation encours, elle se rendit compte que le médaillon était toujours sur le qui-vive et la jeune fille s'employa à le calmer du mieux qu'elle put. Vrrana finit par revenir, plus tendue que jamais :
- Il va falloir que vous quittiez rapidement ces jardins, Mesdemoiselles, leurs souffla-t-elle, le roi est ici et il serait regrettable de l'importuner.
Les jeunes files commencèrent à chuchoter d'un air existée :
- Le roi est là, ce n'est pas possible !
Vrrana leur pria fermement de se taire et de la suivre en silence, expliquant qu'elle reviendrait raccompagner Sirha à ses appartements mais que cette dernière devrait attendre seule qu'elle aie escorté le petit groupe jusqu'aux portes du château.
La porteuse hocha la tête et répondit brièvement aux salutations chaleureuses d'Helen, Lunae et de leurs amies, un peu nerveuse à l'idée de rester seule en présence des deux dragonniers de l'empire dans un espace clos.
Une fois les rires et les exclamations perdues au tournant du couloir dans lequel s'engouffrèrent les demoiselles, Sirha se retourna vers la grande cage et retourna auprès de l'oiseau, jetant des coups d'½il furtif aux alentours pour tenter de repérer les deux hommes, percevant juste quelques éclat de voix graves et feutrées.
L'oiseau avait retrouvé sa léthargie et ses yeux fixaient le vide. La jeune fille reprit sa position d'avant, contre les barreaux, de nouveau absorbé par sa contemplation bien que surveillant de temps à autre les allées et venue du roi et son bras droit, avec l'impression désagréable d'être observée. Les yeux noir et pénétrant de Galbatorix la poignardaient tandis que les prunelles azur du jeune dragonnier l'agressaient moins mais ne la mettait pas plus en confiance, bien au contraire.
C'est alors qu'un soldat s'incliner profondément devant le roi et lui remettre un parchemin ocre teinté d'encre rouge. Galbatorix se redressa en considérant la missive puis murmura quelques mots à l'intention de Murtagh qui hocha la tête d'un air sérieux avant de la regarder et de se diriger vers elle tandis que le roi s'en allait. La jeune fille se raidit et jaugea du regard le dragonnier qui s'avançait d'un pas rapide vers elle.
S'efforçant de rester détendue – en apparence du moins- la porteuse ne put retenir un léger mouvement de recul quand le jeune homme fut à peine à deux mètre d'elle. Il s'arrêta et la salua brièvement d'un imperceptible mouvement de la tête, ses deux yeux se plantant dans les siens sans animosité avec une voix dépourvue de sentiment :
- Le Roi vous fait savoir que ses obligations l'oblige à reporter son entretient quotidien avec vous à plusieurs jours.
Sirha hocha la tête sans le quitter des yeux une seconde. Murtagh s'en alla vers la porte où le roi était partit après l'avoir très brièvement saluée. Vrrana s'en revint en marmonnant et l'invita à la suivre ce que la jeune fille s'employa à faire, restant néanmoins en retrait.
La vieille femme sortit la première des jardins et la porteuse s'attarda quelque peu devant la cage du grand oiseau, s'en éloignant à regret. Murtagh était à présent dans l'embrassure de la porte opposée.
Soudain l'oiseau se mit à entonner un chant dont la tristesse bouleversa et atteignit Sirha en plein c½ur, elle se pétrifia et porta une main à sa bouche, stupéfaite, frappée au plus profond d'elle-même par cet enchaînement de notes de cristal plus pure les unes que les autres. Elle resta sans voix devant le volatile.
L'oiseau chantait, une première, et en plus il le faisait pour la porteuse.
Cette bestiole avait pour particularité de moduler son chant en fonction de la personne qui se trouvait devant lui mais cette race perdait cette futilité en captivité, si bien que lorsque Galbatorix l'avait invité à se poster devant lui pour vérifier ce fait, il avait refusé de chanter pour lui. Et maintenant il le faisait, et pas pour n'importe qui. Le chagrin profond qui émanait de la gorge de l'animal marqua le jeune dragonnier qui posa ses yeux sur la porteuse, figée elle aussi. La bouche ouverte et ses doigts fins devant, Sirha resta parfaitement immobile pendant tout le temps que continua à chanter l'oiseau.
Déployant ses ailes, il monta dans les notes les plus hautes, les plus parfaite, frôlant la nature angélique et divine pour finalement ralentir et descendre dans les graves, lourd et résonnant comme une sentence. Le dernier son résonna encore et encore, faisant vibrer l'atmosphère. Le dragonnier regarda Sirha pour voir comment elle réagissait, elle l'interrogea du regard, bouleversée, le souffle court. Murtagh la dévisagea, ses cheveux et l'étoffe de sa robe se teintant d'un éclat miel et pourpre dans le ciel reflétant le soleil couchant. L'instant qui les lia pendant plusieurs secondes se brisa et Sirha recula.
Le jeune dragonnier la regarda sortir à toute vitesse en un tourbillon d'étoffe incarnat et se gratta le menton en révisant tout ce qu'ils savaient sur la porteuse.
